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« Emancipate yourselves from mental slavery. None but ourselves can free our minds. »

Bob Marley: “Redemption song”

traduit et librement interprété d’un texte de Paul Hedderman > http://twomodes.blogspot.fr

Il y a seulement Être, Être en train d’Être, contact conscient avec le vivant, la Vie en train de se vivre : un verbe.
Mais en croyant le mental nous faisons de l’Être un mot, une chose, une entité séparée : Moi, une île perdue au milieu de l’océan et séparée des autres îles.

C’est comme si il y avait pour nous deux modes de fonctionnement:
- l’un basé sur l’expérience directe en train de se vivre, toujours maintenant,
- et l’autre basé sur l’imaginaire mental, le passé remémoré ou le futur imaginé, ce qui n’est pas là.
Ce que sont le bien-être et le bonheur est très différent pour l’un ou pour l’autre de ces deux modes de fonctionnement.

Le mode de fonctionnement basé sur l’imaginaire mental est concerné par ce que j’ai fais et ce que je possède, comme le chasseur de gros gibier qui expose ses trophées au-dessus de la cheminée: je suis heureux parce que j’ai fait ceci et cela, que je possède ceci ou cela.  Ce mode de fonctionnement est aussi très concerné par ce que m’ont fait les autres, et est un perpétuel mouvement de comparaison et de jugement pour évaluer ce qui est bien et ce qui est mal et si quelqu’un, moi ou qui des autres, agit bien ou mal.

Le mode de fonctionnement basé sur l’expérience directe lui, ne trouve pas le bonheur dans le souvenir, dans les buts à atteindre, ou dans savoir qui a raison ou tort. Il est pur Être, contact conscient avec le vivant. Sa joie est vécue dans le processus en train de se vivre d’instant en instant et pas dans l’idée d’une réussite quelconque, ou d’une destination qu’il faudrait atteindre.

Le mode expérientiel n’a rien à faire du jugement et de la comparaison. Il n’existe pas en lui de possibilité de sortir de l’expérience et de devenir son observateur. Le temps et l’espace qu’il lui faudrait pour faire ça n’existe pas en lui.  Quand le mode de fonctionnement basé sur l’évocation mentale soudain survient et prend la relève, il fait automatiquement le bilan pour voir combien vous et les autres ont été bon, mauvais, mieux, pire, etc... et  tout devient instantanément compliqué, complètement insensé, terriblement conflictuel et stressant. Il vous impose son propre ordre du jour. Vous pouvez croire qu’il est à votre service mais en fait c’est vous qui êtes son esclave. Il se sert de votre vie pour l’interpréter à sa façon, et tant que vous n’avez pas vu clairement son manège, vous lui obéissez. Son désir d’avoir raison est incroyablement puissant, ainsi que son désir d’être différent, spécial et reconnu comme tel.

Pour le mode de fonctionnement basé sur l’imaginaire mental, Il existe bien une impression, très forte, d’être quelqu’un, auteur de nos pensées et initiateur de nos actes, et c’est toute Ma vie qui s'est mise à tourner autour de ce centre que Je crois être.

Mais pour le mode de fonctionnement basé sur l’expérience directe, la Vie entrain de se vivre, il n’y a absolument aucune impression d’être quelqu’un, séparé de l’expérience.

Dans mes très jeunes années il n’y avait pas d’idée de Bruno. Il n’était pas encore devenu concret. Quand je jouais il n’y avait pas d’inquiétude à se demander si j’allais encore jouer la semaine prochaine, il n’y avais aucune idée de « semaine prochaine ». Absolument aucune. Une façon légère de voyager n’est ce pas? Dans l’étonnement, l’émerveillement, la spontanéité.

Puis nous devenons adultes.

Ce que nous appelons devenir adulte, c’est en fait changer de fonctionnement par défaut. Mettre le fonctionnement basé sur l’expérience directe le plus possible en arrière-plan, jusqu’à l’oublier, et le remplacer par le mode de fonctionnement basé sur l’imaginaire mental.

Nous nous transformons ainsi en jugeur de la Vie, en jugeur des autres, selon nos critères de ce qui est bien et de ce qui est mal. En jugeur honteux et coupable quand nous nous retrouvons nous-même jugé par ce mode de fonctionnement, et en jugeur orgueilleux, prétentieux, dominateur et agressif quand il s’avère que le jugement du jugeur est classé comme positif.

Ainsi, nous nous séparons de l’expérience de la vie en devenant son observateur. Mais ce qui observe n’est pas nous, ce qui observe est le passé. Nous regardons à travers les yeux de nos ancêtres et perpétuons ainsi le même conditionnement à la séparation, au conflit et au malheur. Ce n’est pas l’expérience en elle-même qui importe mais plutôt la pensée qui arrive tout de suite comme collée à l’expérience et qui la commente. Notre esprit se retrouve pris dans une histoire sans fin.

Nous ne sommes pourtant jamais en dehors de la vie. Mais nous nous en séparons afin d’arriver à penser que cet évènement nous arrive à nous, personnellement. Nous ne  vivons plus, comme les jeunes enfants, un évènement  jaillissant, intense, de l’Être non-personnel que nous sommes vraiment, mais pensons plutôt que cet évènement vient de l’extérieur de nous-même, et nous arrive personnellement à nous-même. Parfois jugé négatif il fait de nous des victimes de la Vie, et parfois jugé positif il nous fait espérer des jours meilleurs... mais pour combien de temps?

Que faire alors?

Voir ça, se rendre compte de tout ça.

Quand tout ça sera vu clairement, et encore et encore, à chaque fois que ça se présente, car cette accoutumance au fonctionnement basé sur l’imaginaire mental est très puissante et omniprésente, va alors arriver une autre attitude devant nos problèmes et nos conflits.

Nous avons des problèmes avec les autres seulement quand nous sommes pris par le fonctionnement basé sur l’imaginaire mental. Ces problèmes sont imaginaires. De l’imaginaire qui m’arrive à moi? Ce moi aussi est imaginaire.

Une expérience se produit, contact conscient avec le vivant. Puis le mental dit "Je suis celui qui a eu cette expérience", et nous le croyons. La colle de notre croyance amalgame toutes les petites histoires ensemble en une grande histoire : celle de Moi, qui revendique ces histoires  comme preuve de sa réalité.

Si vous ne voyez pas cela vous allez appliquer une solution au problème à partir d’une base qui est fausse, ce moi imaginaire que vous croyez être. Si vous voyez l’irréalité de ce Moi qui parle en votre nom, le problème disparait, s’évapore!

Wouahou!

Le problème était en fait de se prendre pour ce quelqu’un de blessé et qui allait tenter de réparer la blessure en faisant ceci ou cela.

Pas de Moi, pas de blessure, pas de problème.

Il n’y a du coup pas besoin de stratégies de réparation, ou de résolutions de conflit à mettre en place.

Des actes seront posés, ou pas, mais dans un laisser agir qui vient spontanément, sans calcul et avec aisance, en provenance directe de l’intelligence de la Vie-même.

Le problème était de se prendre pour quelqu’un qui n’existe pas et c’est toujours le seul problème.

Réaliser que nous ne sommes pas cet être imaginaire dans ce monde imaginaire pensé est la solution globale qui nous met hors de ce jeu de dupes.

Alors toutes les perceptions d'illusion peuvent continuer à apparaître et continuer à créer des illusions, mais désormais, vous ne vous laisserez plus prendre, vous ne jouerez  plus à être un mot, une chose, quelqu’un, une île isolée dans l’océan,

vous serez Océan

parce que c’est ce vous êtes déjà.

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